Mea culpa d’une Sourceuse. 4years challenge.

Note de l’éditeur : C’est la première fois que j’ouvre le blog de WorkMeTender à une autre personne. Le partage de savoirs et d’expérience est mon coeur de métier, aussi quand Anna Valli m’a parlé de son projet, je lui ai ouvert les portes du blog avec plaisir. D’autres collaborations sont à venir. Pour l’heure, je vous laisse avec cet article inspirant et enrichissant. Merci Anna.

Jean-Marie Caillaud, Directeur Général @ WorkMeTender.

Sourcer, ce n’est pas seulement créer de belles lignes booléennes, interroger des bases de données, ou identifier des cibles potentielles. C’est aussi l’art d’engager autrui à partir d’une première interaction, un début de conversation, pouvant transformer notre cible en candidat. 

Je m’appelle Anna et je suis sourceuse IT au sein d’un cabinet de recrutement et pour un panel de clients finaux réguliers. Mon rôle est d’identifier, puis d’engager les personnes qui pourraient s’inscrire au sein d’un écosystème soigneusement étudié : environnement de travail, missions, valeurs de l’entreprise, etc.

Je m’efforce de pratiquer un sourcing dit “qualitatif”. Ce n’est donc pas le nombre d’entretiens ou de candidats qui comptent. Avant tout, j’aide ma manager à créer une short-list, voire à proposer LA bonne personne pour un poste et un contexte donné. Marier qualité et sourcing, c’est soigner cette fameuse interaction avec l’autre. Je m’applique à développer une réelle touche de personnalisation auprès de TOUTES les cibles, à travers les e-mails. 

Hélas, le sourcing est encore assez mal considéré, c’est à dire comme une tâche ingrate, chronophage et sans valeur ajoutée. Il suffit de jeter un œil sur les pratiques du terrain pour s’en rendre compte…

Live-screening de l’approche à travers un faux profil

En ce début d’année 2019, Jean Marie Caillaud de WorkMeTender a réalisé un test édifiant et l’a publié en thread (et en live!) sur Twitter. Il s’est glissé dans la peau d’un développeur lambda sur LinkedIn, profil extrêmement courtisé. Le “live screening” lui a permis d’étudier un échantillon de messages d’approche. Le retour est sans appel sur la qualité de ces derniers… 

Je vous laisse quelques extraits du thread (si vous ne les aviez pas vus) : 

L’intégralité du live-tweet est disponible en cliquant ici.

Qu’est-ce qu’il en ressort ? Le niveau d’approche est globalement faible :

  • Des recruteurs/sourceurs en demande. Pas de personnalisation, et donc pas d’engagement : “êtes-vous à l’écoute du marché”?
  • Des mots “langue de bois”, vus et revus. “en plein croissance”, “disrupter le marché”… Va-t-on donner réellement envie en répétant comme un perroquet les mêmes mots que tout le monde?
  • Un premier contact peu différenciant. Les invitations LinkedIn sont rarement accompagnées d’un petit texte. Comment se distinguer des autres, parmi 30 invitations “vides”? Surtout lorsque de potentiels candidats sont sur-sollicités de toutes parts ?

Ces observations m’ont rappelées que moi aussi, j’ai débuté par ce niveau de pratique. 

Avant, j’étais un robot…

Le fameux robot Pepper. Ce sont eux qui nous imitent… pas l’inverse! 😉

Ma posture actuelle de sourceuse décrite au début de cet article, je ne l’ai pas eue dès le début, bien au contraire…

Je me suis rappelé de mes premiers pas maladroits en tant que “sourceuse”, au début de mon alternance, au sein d’une société de conseil sur les profils d’ingénieurs informatique. J’écris sourceuse entre guillemets car je n’avais pas encore saisi la subtilité de cette discipline à ce moment-là.

J’étais chargée de recrutement, mais sans la conduite de l’entretien. Mon rôle était -dans les grandes lignes- d’identifier de potentiels candidats par un premier contact téléphonique, de planifier des entretiens auprès des business managers, puis d’animer mon propre vivier de candidats (pour des recrutements sur profil ou sur mission). 

J’ai débuté au sein d’un écosystème ou la culture du résultat est fortement valorisée, à travers la performance chiffrée sur le nombre de candidats proposés, puis sur le nombre de candidats ayant signé un contrat d’embauche. Mais je ne peux pas dire que c’est cet écosystème en soi qui expliquerait la piètre qualité de mes tous premiers messages d’approche, pour trois raisons :

  • Personne ne nous a dit “pas de personnalisation !”

Toute “bonne pratique” était la bienvenue, à partir du moment ou nos objectifs étaient atteints. Sauf si ma mémoire me fait défaut, ce sujet n’a pas été soulevé, mais des recommandations en formation allaient en ce sens. Je me souviens d’un atelier sur l’utilisation des réseaux sociaux, ou l’on nous conseillait de personnaliser nos invitations LinkedIn — ce qui n’est pas toujours fait d’après le live screening !

  • Ma “charge émotionnelle” éclipsait cette problématique 

Face à cette culture du résultat, ma propre “charge émotionnelle” se reportait sur l’atteinte de nos objectifs dits quantitatifs (nombre d’entretiens et de recrutements). La pression, je la ressentais fortement sur l’atteinte de ces derniers, plus que sur la qualité de mes échanges avec les candidats (y compris les messages d’approche). Cette seconde raison est un ressenti subjectif, avec le niveau de maturité, d’expérience et de confiance que j’avais à l’époque.

  • Notre arme principale pour sourcer, le téléphone

Même si chacun pouvait développer ses propres stratégies pour atteindre ses objectifs, le téléphone restait notre meilleur ami pour atteindre et engager les candidats. Dans ce contexte, la place de l’e-mail était fortement réduite. Je le considérais comme un accompagnement du message vocal, avec présentation d’un poste et d’un secteur que je considère intéressant pour la cible. Ma stratégie de relance, à cette période, était de repasser très régulièrement un “coup de fil” plus que de relancer les candidats par écrit.

Mes anciens messages d’approche : exemples et analyses

Avec ma fonction actuelle, il m’arrive parfois de vouloir recontacter des candidats approchés il y a quelques années. Forcément, je retombe sur mes anciennes proses — en particulier sur LinkedIn. 

Et bien ce n’est pas très reluisant. 

Et si on les décortiquait, ces anciens messages d’approche ?

Sans tomber dans l’auto-flagellation, l’idée est de poser un regard critique sur ces premiers pas  —  non sans humour 😉

Exemple 1 : “Votre parcours est très intéressant”!

“Je trouve votre parcours très intéressant”… Oui oui …Mais encore ?

Merci Watson ❤

(Petit aparté rigolo : cette phrase sonne un peu “esprit COGIP” de Message à Caractère Informatif (sur CANAL+, souvenez-vous !) : “C’était vraiment très intéressant !”)

Revenons à nos moutons (et à ce message). Je tentais de séduire un développeur diplômé à la rentrée 2016. 

Ce qui ne va pas :

  • Aucune mention n’est faite sur les éléments qui m’intéressaient chez lui. Enfin presque, je tente le coup en ayant lu rapidement qu’il avait travaillé sur du Ruby On Rails quelque part, et comme je savais qu’on en avait régulièrement “en stock” , je lui évoque le sujet sans plus de détails. 
  • Par ailleurs, il y a un problème de positionnement : je présumais également une “recherche” en Ile-de-France, alors que c’était moi qui recherchait un candidat.

Qu’aurais-je du faire ?

Pourquoi n’ai-je pas relevé directement une expérience, un projet qu’il a réalisé…. avant de lui proposer les potentiels sujets, y compris sur le langage Ruby On Rails ? Voici une ébauche rapide d’un message d’approche que j’aurais réalisé aujourd’hui :

“Bonjour X, merci d’avoir accepté aussi vite ! Que d’aventures au sein de votre Ecole Y ! Entre les projets avec Z, et votre association avec A, vous n’avez pas dû voir le temps passer.

La prochaine qui vous attend n’est pas la moindre : celle du premier CDI, dans quelques mois 🙂

J’ai vu que vous aviez approché divers langages, notamment le Ruby On Rails chez B, qu’est ce qui vous plaît le plus ? Que souhaitez-vous approfondir ? 

Aujourd’hui [présentation de la société],

Et actuellement, j’ai un client de [tel secteur] qui développe un certain nombre de produits [trucs et machins techniques]avec Ruby On Rails. J’ai l’impression que c’est là ou vous pourriez être le plus à l’aise vu vos expériences, mais vous avez peut-être d’autres aspirations 🙂

Je serais ravie de savoir ce que je pourrais vous apporter. Qu’en pensez-vous X ? Et si on en discutait ?”

Exemple 2 “Salut Salut, tu coûtes combien pour mon poste ?”

Pas très engageant, n’est-ce pas ? 

Merci Jonathan Goldsmith!

Ce qui ne va pas : 

  • Nous recherchions des profils Java JEE connaissant l’architecture SOA et je n’avais que ce niveau d’information. Je m’appuyais donc sur ce bout de socle technique sans évoquer autre chose, et surtout, sans expliquer pourquoi je m’intéressais à lui tout particulièrement. Quel est l’intérêt d’évoquer un aspect technique isolée sans aucun contexte? 
  • Je me montrais rapidement cavalière en évoquant déjà des prétentions salariales, alors que je n’avais concrètement rien proposé. Bref, j’étais clairement en demande et je n’apportais rien.

Qu’aurais-je du faire ? 

En ESN/société de service/de conseil, inutile de se voiler la face : nous ne pouvons connaître du bout des doigts tous les projets existants des clients, du moins au sein des grandes structures.

Si j’y travaillais encore aujourd’hui, j’aurais créé, programmé et pérennisé un plan stratégique de sourcing, ou les priorités seraient définies en amont avec les business managers. En l’occurrence, pourquoi pas rassembler les profils à responsabilité avec Java comme stack dominante, et demander plus de précisions au détenteur du projet “Architecte Java SOA” vu sur un coin de table. 

J’aurais pris 5/10 minutes de mon temps à la rédaction plus personnalisée d’un message. Du style : 

“Bonjour X, 

Un grand merci pour l’acceptation ! 

Depuis votre formation d’ingénieur à Y, j’ai noté que vous aviez acquis votre expertise d’Architecte au sein d’environnements hétéroclites. Et vous devez connaître [tel secteur]du bout des doigts, dorénavant !

Si vous n’y êtes pas attaché, notre client de [autre secteur], souhaite [++ contexte du projet]. A ce titre, ils souhaiteraient intégrer une personne de votre acabit en vue de [ce que va faire la personne]. 

Je sais que l’architecture est orientée services, ce n’est pas nouveau si j’en crois votre expérience chez [tel client] 

Avec ce sujet, vous aurez l’occasion d’appréhender [enjeux du secteur concerné]

Après, je ne sais pas quelles sont vos aspirations techniques, et je serais ravie de les connaître…. et vous donner plus de détails sur le sujet de notre client. Qu’en pensez-vous Monsieur X ? …”

Exemple 3: BONUS (impact) dans le futur : “J’ai des opportunités…. ben voilà, appelle moi, bisous!”

Comme les deux précédents, ce message d’approche n’est pas non plus percutant puisque je n’explique pas pourquoi je suis intéressée par son profil, et ne fais aucun lien avec des projets récurrents que mon entreprise de l’époque pouvaient lui proposer. 

Le problème, c’est que les messages ne disparaissent pas. J’aurais pu continuer mon petit bonhomme de chemin avec les mêmes types d’approche et ne pas m’en soucier. Sauf qu’un changement d’état d’esprit a eu lieu depuis : je VEUX sourcer qualitativement et dialoguer avec les gens, pas seulement “demander” s’ils sont sensibles à un nouveau projet professionnel… 

Voici un exemple concret. La personne en question m’a souhaitée mon anniversaire en avril 2019 (merci à lui!), et je me suis rendue compte que je l’avais approché. Pouvais-je ignorer mon ancien message d’approche ? Hors de question, c’était le moment de profiter pour faire son “mea culpa du sourceur”, dans la joie et la bonne humeur !

Une perche m’a été tendue pour 2019…. To be continued ? En tout cas, le “faith in sourcing” me semble restaurée 😉 

En conclusion…

Selon le dictionnaire Larousse, faire un mea-culpa c’est un “Aveu de la faute commise ; coup dont on se frappe la poitrine en prononçant ces paroles.”

Si je ne me suis pas mis des coups dans la poitrine pour autant, ce faible niveau d’approche est une “faute”. 

  • D’abord pour nous-mêmes. Quel impact sur notre marque professionnelle individuelle ? Et puis, a-t-on un réel plaisir à copier/coller de manière chronophage ? 
  • C’est aussi une “faute” qui fait du mal au métier de sourceur(se). Il est difficile d’établir une vérité universelle. On se doute bien que des gens répondent à des messages peu personnalisés. Mais le constat est là : les gens approchés, râlent lorsqu’ils reçoivent des messages soporifiques et robotiques, et plus particulièrement lorsqu’ils sont harcelé(e)s. Quelle image cela renvoie de la fonction de sourceur(se) ou recruteur(e)? 

Si vous écrivez encore des messages-types comme les exemples présentés plus hauts, et si vous ressentez de la frustration, j’espère vous donner envie d’adopter cette posture.

Dans un second article à venir, j’aimerais vous expliquer l’ “après” : comment j’ai évolué sur la fonction de sourceuse, les sources/personnes qui m’ont inspirées, et des exemples de messages d’approche d’aujourd’hui.. d’ou le #4yearschallenge 🙂

Evidemment, le mot-clé à retenir pour la suite est : #lapersonnalisationbordel ! 😉

2 thoughts on “Mea culpa d’une Sourceuse. 4years challenge.

  • Passionant. Pour la petite histoire une de mes amies qui fait du dev IOS m’a montré sa boite mail + invitations LinkedIn et c’est le même festival de prises de contact sans âme ni intérêt. Rien que depuis le début de l’année 2019 elle a reçu plus de 80 invitations (il va de soi qu’elle n’a répondu à aucune) et plus de 30 inmails, la plupart nuls.

    J’ai trouvé quelques approches sympa, innovantes et transparentes, mais la plupart étaient vraiment au raz des pâquerettes. Aucun mea culpa mais des copier coller tous les deux mois par exemple. Gloups.

    • J’ai moi-même un copain développeur qui me montre ses messages LinkedIn. C’est une bonne pratique pour se mettre à leur place. L’approche restait souvent très pauvre, à l’image du live-screening. On ne peut que comprendre leur désintérêt et leur lassitude…

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