De l’amour-propre des recruteurs

“Dans ma boite, on recrute des gens pas bons”

“On fait de la discrimination sur les mauvais critères pour faire plaisir à la direction”

“Je le sais mais franchement c’est impossible de changer les choses”

Et sinon, que ressentez-vous quand vous vous regardez dans la glace ? 

Si votre job est de recruter les meilleurs professionnels pour maximiser la performance de votre entreprise, mais que vous faites sciemment un travail contre-productif, quel sens donnez-vous à votre travail ?
Cette semaine était l’occasion de se réunir entre professionnels du recrutement autour de l’événement #TruSourcing.

J’y ai réalisé que le nombre de recruteurs travaillant en toute conscience contre leur entreprise ou contre leurs candidats est affligeant.

Ce recruteur qui nous a dit “Je recrute pour une boite de vendeurs de viande”, je ne le pense pas foncièrement méchant. Mais que ressent-il quand il “vend” son entreprise à des candidats ? N’y a-t-il pas double malhonnêteté dans cette action ? Malhonnêteté envers le candidat d’abord, parce qu’on lui ment. Mais malhonnêteté intellectuelle et morale également, car si l’on sait que l’on envoie un candidat au casse-pipe, on piétine sciemment la responsabilité sociale et déontologique du recruteur.

De même, ces recruteurs qui ciblent des profils candidats ne correspondant pas au besoin de l’opérationnel mais bien à sa demande (besoin ≠ demande) et qui savent pertinemment qu’ils sont en train de faire fausse route, sont-ils de vrais recruteurs, ou bien des “casteurs” ? Oui car si l’on cherche des critères arbitraires plutôt que des compétences, ce n’est plus du recrutement : c’est un casting de cinéma pour faire plaisir au producteur.

Impossible de faire changer les choses ? Trop compliqué de faire évoluer les mentalités en interne ?  Rome ne s’est pas construit en un jour.

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C’est la responsabilité du recruteur en tant que professionnel que d’éduquer ses collaborateurs et sa direction. C’est à lui de présenter les choses de manière pédagogique et d’éduquer les collaborateurs de manière argumentée.

Montrez de manière cartésienne les atouts que certains changements peuvent apporter, mettez le doigt sur les problèmes que vous pouvez corriger.

Parlez performance, efficacité, productivité, croissance, rentabilité si l’argument déontologique et sociétal ne suffit pas.
Mais au moins, essayez.

Si vous vous sentez comme un Galilée sur sa Terre qui tourne au milieu d’inquisiteurs lui affirmant que la leur est plate, c’est qu’il y a quelque chose à changer. 

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Etre fataliste revient à abandonner, et à renoncer au sens de votre travail. Vous avez la chance inouïe d’avoir un job riche de rencontres, de challenges et de variété, mais surtout vous avez un rôle de conseil. On vous a embauché pour faire un job, alors pourquoi vous résigner à en faire un autre ?

Essayez. Et si vous vous heurtez à des obstacles que vous ne supportez pas d’affronter, demandez-vous si vous préférez réellement perdre votre amour-propre plutôt que de froisser celui de quelqu’un d’autre ?

“Trop dangereux !” Certains me diront. Jetez un oeil aux offres d’emploi, les amis. Les entreprises courent toutes après de bons recruteurs. Ne les laissez pas vous transformer en mauvais.

Faites ce qu’il faut pour être fiers de votre métier. Recrutez les bonnes personnes.

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Merci à Link Humans d’organiser chaque année des événements par et pour les recruteurs !

2 réflexions au sujet de « De l’amour-propre des recruteurs »

  • Excellent article Jean-Marie. Très juste. L’intégrité du recruteur est très importante. Et pour le recruteur de métier ce sera plus facile de traiter ce genre de situation que pour le ‘wannabe’ qui vient de s’acheter une licence LinkedIn recruiter. Le recruteur ne peut fuir sa double responsabilité, il a souvent la carrière des candidats entre ses mains.

    • Hello Guillaume,
      Merci pour votre message.
      C’est vrai que l’intégrité du recruteur se forge souvent dans le dur avec les années, confronté aux différentes pratiques du marché. A nous de ne pas les accepter et de faire changer les choses, candidat par candidat, un process à la fois…
      Bien à vous,
      Jean-Marie

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