Votre recruteur n’est pas votre psy

Beaucoup de candidats se laissent aller à la confidence en entretien, et sur le principe c’est une démarche que j’encourage. Un recruteur est là pour comprendre vos attentes, et faire en sorte de vous proposer l’opportunité qui y correspondra le mieux dans la mesure du possible. Il faut en revanche faire attention à ne pas franchir le mur du professionnalisme.

Quelles sont les choses à ne surtout pas dire en entretien ?

Note : toutes les phrases répertoriées ci-dessous sont issues de ma propre expérience de recruteur, et ce sont des choses que j’ai entendues à plusieurs reprises, aussi choquant soit-il pour certaines.

« Mon patron est un idiot »

Ca arrive. Francis Blanche disait « qu’on est toujours l’idiot de quelqu’un ». Comme quoi, c’est relatif. Alors relativisons : êtes-vous venu en entretien pour me parler de votre patron, ou bien pour me parler de vous ?

Maintenant que nous sommes sur le même postulat, reprenons. Parlez-moi de manière constructive et positive plutôt que de critiquer votre employeur précédent ou actuel (les recruteurs détestent ça !). Vous êtes en désaccord sur des aspects liés à votre activité quotidienne ? Ne me dites pas que votre patron vous « bride » ou qu’il vous « empêche de vous développer ». Dites-moi plutôt que vous aspirez à d’avantage de responsabilités, ou de travailler sur des éléments plus complexes de votre métier. C’est plus pro, c’est plus joli, et personne n’aura les oreilles qui sifflent.

« Mon salaire ne me convient plus »

C’est une raison courante pour changer de poste, mais ça ne doit pas être la seule raison. Les entreprises proposent plus qu’un salaire : elles proposent un projet, une équipe, une culture d’entreprise. Elles veulent savoir ce dont vous avez envie. Bien sûr, chacun travaille pour payer son loyer et remplir son frigo. Mais ça ne doit pas être la seule motivation que vous évoquez auprès d’un recruteur, sinon il se dira « le jour où une autre entreprise lui propose plus que ce que je lui offre, il me quittera immédiatement ! ».

Parlez de votre vision du métier, de vos idées pour le poste. Je demande souvent à mes candidats ce qui leur donne envie de se lever le matin, quand ils partent travailler. La question est inattendue, les réponses sont  souvent spontanées. Et même pour les commerciaux que j’interviewe, quand on en vient au cœur des choses de la vie de tous les jours dans votre travail, on voit qu’il y a bien d’autres aspects que l’argent pour motiver un candidat.

« Je suis très malheureux en ce moment »

Je suis navré pour votre vie personnelle, mais je n’ai pas envie de l’entendre. Si nous étions amis, autour d’un verre, peut-être. Mais je suis recruteur et vous êtes candidat. Je suis prêt à entendre que votre poste ou son contexte ne vous conviennent plus actuellement, c’est d’ailleurs une raison très courante pour changer de job. En revanche, je ne veux rien savoir de votre vie personnelle, que vous devez laisser chez vous avant de venir en entretien. Ca ne me regarde pas, et ça n’a aucun lien avec votre capacité à tenir le poste. D’ailleurs, si j’en tenais compte, je serais dans l’illégalité au regard du Code du Travail. Alors évitez donc au recruteur ce moment gênant où vous vous étalez sur votre vie personnelle et où il doit recadrer l’entretien : restez pro !

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« On m’a viré parce que j’étais trop souvent en retard »

Ca se passe de commentaires. Vous connaissez un employeur qui aurait envie de vous embaucher après avoir entendu ça ?

« Je me suis mis en arrêt maladie en attendant de trouver mieux »

Les arrêts maladie, ça arrive à des gens très bien. Mais mentionner que c’était pour vous une façon de ne pas travailler parce que votre travail ne vous plaisait plus va être particulièrement mal vu par le recruteur, et peut vous valoir un passage direct par la case départ sans toucher le rendez-vous suivant. Et oui, personne ne viendra contester la raison d’un arrêt maladie stipulée avec un médecin, qui ne regarde que vous ! Alors si vous « magouillez » et que la raison est fausse, mieux vaut avoir la décence de ne pas le crier sur les toits.

« Je les ai envoyés aux prud’hommes et je vais les faire saigner ! »

Wow ! On se calme là ! Le conseil des prud’hommes est une institution utile et il est bon que les salariés puissent s’en saisir pour éviter les abus, en revanche si vous êtes en désaccord juridique avec votre précédent employeur, il faut réfléchir à la manière dont vous abordez le sujet (si vous souhaitez vraiment l’aborder) afin de ne pas faire peur à un nouvel employeur potentiel. Si vous pouvez éviter de le mentionner, je vous le conseille : après tout, ça ne regarde que vous. Si vous souhaitez jouer la carte de la totale transparence ou que l’on vous demande une référence chez votre ancien employeur, il se peut que vous abordiez le sujet. C’est un fait juridique, contentez-vous de le narrer comme tel « Voilà ce qui s’est passé, voilà le manquement que j’ai constaté, l’affaire est en cours. » Point. Ne faites surtout pas de commentaires, vous ne savez pas comment ils pourraient être interprétés !

En bref

Vous l’aurez compris, les recruteurs ne souhaitent pas que vous leur mentiez. Ils apprécient la franchise. En revanche, ils souhaitent vous voir vous exprimer de manière constructive et positive, à l’instar de ce que l’on attendra de vous sur votre prochain poste !

A lire également, pour bien préparer son entretien : Les 7 raisons qui font de vous un bon candidat

11 réflexions au sujet de « Votre recruteur n’est pas votre psy »

  • Je suis curieux de connaître le niveau de culture des auteurs des ces saillies.
    Cela relève à mon sens du gag de show humoristique tant c’est gros.
    Mais, à priori, il est des gens qui ont besoin de cette information pour savoir ce qu’il ne faut pas dire. Incroyable !

    • Bonjour Maza,
      Merci pour votre commentaire.
      Il existe un phénomène qui que lorsque l’on parle de soi, on ressente le besoin de vider son sac. En « one to one » face à un recruteur, on peut avoir tendance à se laisser aller et à dire des choses qu’on ne dirait pas dans un autre contexte. Il faut s’en empêcher, se retenir, mais tout le monde ne le réalise pas.
      Je vous accorde que j’ai sélectionné, pour l’exemple, les plus belles remarques que j’ai entendues ! Mais elle sont vraies… autant en rire !
      Bien à vous,
      Jean-Marie

  • Et quand on est pas retenu car « c’est juste une question de feeling » est-ce une réponse convenable d’un recruteur ? Je n’arrive pas à trancher. Tks for yur help.

    • Bonjour Samuel,
      Difficile de répondre sans connaître le résultat du processus de recrutement.
      Légalement c’est possible. Si vous et un autre candidats avez atteint les mêmes résultats lors du processus de recrutement et qu’il n’y a aucun moyen de vous départager, alors il est normal que la société choisisse en priorité la personne avec laquelle elle a le plus envie de travailler. C’est humain, et je conseille bien entendu de faire ainsi.
      En revanche, si vous aviez un profil qui correspondait d’avantage au poste qu’un autre candidat, mais peut-être moins « d’atomes crochus » avec le recruteur, c’est illégal de vous recaler, car c’est une discrimination sur un critère non directement lié au poste.
      Ceci étant dit : si vous étiez dirigeant de votre propre société, ou manager d’un service dans une entreprise, vous verriez-vous embaucher quelqu’un avec qui vous ne vous voyez pas travailler du tout ?
      Chacun son avis, et bien souvent, la réponse se trouve dans la zone grise entre le code du travail et les affinités professionnelles.
      Bien à vous,
      Jean-Marie

    • Chère Amélie,
      Ce que vous dites est juste, certains recruteurs sont également psychologues du travail.
      Il se trouve, par le plus grand des hasards, que c’est mon cas ! Peut-être le symbole « Psy » ou le cerveau en haut de cet article ne vous auront pas interpellés.
      Peut-être n’aurez-vous pas saisi de ce fait la blague dans le titre de cet article.
      Il n’en reste pas moins qu’un psychologue du travail n’est en aucun cas un psychologue clinicien AU travail. Ce d’ailleurs serait un non-sens dans un contexte de recrutement, et c’est « accessoirement » interdit par la loi.
      J’eus espéré qu’on vous en parle dans votre formation, récente puisqu’il semble que vous allez recevoir votre diplôme de psychologue du travail cette année.
      Au plaisir d’échanger avec vous,
      Jean-Marie

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